Oui, complètement saoûlée par la bornitude de certains.
Celle de mon géniteur en l'occurence. Cette capacité d'être convaincu que rien ne change. Don Fabrizio, sors de ce corps. Je pense que c'est voué à l'échec. Il est borné et porte des oeillères. Il ne voit pas que je change de vie. Que tout va mieux. Je revis. Le père qui se réveille beaucoup trop tard et qui, pour rattraper son retard, agît en masse, sans réfléchir et sans chercher à comprendre ou même, plus grave, à écouter.
Je le hais. Pour cela, je le hais. Ma crise d'adolescence semble débuter lorsque Monsieur émerge. Auparavant, aucun problème, aucune dispute. Une totale léthargie rationnelle et émotionnelle. Seulement, par la force des choses, il faut qu'il se rende compte dans quelques temps, que finalement, ma vie est remise sur ses rails. Toujours avec ce foutu retard. Quand tout sera bien tassé, il réalisera. Mais en attendant, je n'ai pas droit à l'erreur. Dans sa bouche, mes propres choix deviennent des actes de soumission. Je ne suis pas soumise. Je décide de ma vie, de mes choix et de mes actes. L'époque de la déprime est terminée.
C'est voué à l'échec. Il y a un mois de cela, je pleurais de rage. La rage de ceux dont les paroles sont ignorées, la rage de ceux qui ont raison et qui refusent d'être aussi injustement punis. J'ai crié. Oui, j'ai arrosé la pelouse de mes sanglots et de mots durs et brutes. Même ce soir-là, alors que j'ai craché toute ma peine et toute ma pensée, on a tout remballé et tassé histoire de me calmer. Le père, lui, s'est contenté de me regarder m'égosiller face à lui et a lancé une réflexion de mauvaise foi. Un de ses pires défauts. Je n'ai jamais ressenti de colère si grande ni une si profonde distance entre mes parents et moi.
Un mois de cela. On m'a dit qu'il voulait me protéger parce qu'il m'aimait. On m'a dit qu'il ne me l'avait jamais montré avant ça. Je ne lui pardonne pas. Il n'a jamais été là avant. Il a figuré dans ma vie sans jouer le rôle qui lui avait été attribué. Il n'a pas trouvé sa place. C'est trop tard. Au lieu de me protéger, il me fait souffrir. Il ne m'écoute pas. Il ne m'accorde aucune confiance. Mais, j'ai 18 ans.
Ce soir, je pleure comme il y a un mois. Juste parce que ça ressurgit, comme ça. Le problème est toujours là, bien dissimulé mais sous-jacent.
Et dans quelques temps, il va falloir changer la donne.